
Dans cette interview, Docteur Nanko Tonda Josué donne encore plus de précisions sur l’insuffisance rénale. Il profite également de l’occasion pour insister davantage sur les précautions à prendre afin de prévenir voire faire face à cette maladie.
Docteur, de manière simple, qu’est-ce qu’une insuffisance rénale ?
L’insuffisance rénale est une baisse, plus ou moins importante, de la capacité des reins à filtrer le sang et à éliminer les déchets et l’excès d’eau de l’organisme. Quand les reins fonctionnent mal, les toxines s’accumulent dans le sang au lieu d’être évacuées dans les urines.
Quelles sont les formes d’insuffisance rénale auxquelles une personne peut être confrontée de manière générale ?
On distingue deux (2) grandes formes : l’insuffisance rénale aiguë, qui survient brutalement, souvent réversible si cette forme est prise en charge rapidement, et l’insuffisance rénale chronique, qui s’installe progressivement sur des mois ou des années et qui, elle, est le plus souvent irréversible et évolutive.
Quels sont les signes potentiellement liés à chacune de ces formes d’insuffisance rénale ?
Dans la forme aiguë : diminution brutale de la quantité d’urine, gonflement des jambes, nausées, fatigue soudaine, parfois confusion. Dans la forme chronique, les signes sont plus insidieux au début — fatigue, perte d’appétit, urines mousseuses ou anormalement colorées, gonflement des chevilles, hypertension — puis s’aggravent avec le temps : essoufflement, démangeaisons, crampes, anémie.
Quel(le)s sont les causes et/ou éventuels facteurs de risque pouvant justifier l’apparition de tous ces signes ?
Les principales causes sont le diabète et l’hypertension artérielle, qui à eux seuls représentent la majorité des cas. Viennent ensuite les maladies auto-immunes comme le lupus, les infections urinaires répétées, les malformations rénales, certains médicaments néphrotoxiques pris au long cours, les calculs rénaux, et les antécédents familiaux de maladie rénale.
Docteur, dans notre reportage, nous sommes partis d’un cas de lupus ayant malheureusement abouti à une insuffisance rénale chronique au niveau de la personne concernée par ces deux (2) maladies, qu’en est-il donc du lien entre ces deux (2) maladies ?
Le lupus est une maladie auto-immune où le système immunitaire attaque par erreur les tissus de l’organisme, y compris les reins. Cette atteinte, appelée néphrite lupique, touche jusqu’à la moitié des patient(e)s lupiques. Si elle n’est pas détectée et traitée à temps, l’inflammation répétée finit par détruire progressivement le tissu rénal et conduire à une insuffisance rénale chronique, parfois jusqu’au stade terminal nécessitant dialyse ou greffe.
Pour en revenir aux signes, quelles complications peuvent en résulter si rien n’est fait à temps afin de les circonscrire rapidement ?
Sans prise en charge, on peut voir apparaître une anémie sévère, des troubles cardiovasculaires (hypertension incontrôlée, insuffisance cardiaque), une fragilisation osseuse, des troubles électrolytiques dangereux comme l’excès de potassium pouvant provoquer des troubles du rythme cardiaque, et in fine l’insuffisance rénale terminale, qui impose la dialyse ou la greffe pour survivre.
Pour ne pas en arriver là, quelle est la démarche vous permettant de confirmer un cas d’insuffisance rénale au niveau de la personne potentiellement concernée par cette maladie ?
Le diagnostic repose d’abord sur une prise de sang mesurant la créatinine, qui permet de calculer le débit de filtration glomérulaire, indicateur clé de la fonction rénale. On y associe une analyse d’urine à la recherche de protéines ou de sang, et souvent une échographie rénale. Selon le contexte, des examens plus poussés comme une biopsie rénale peuvent être nécessaires, notamment en cas de suspicion de lupus.
Qu’en est-il de la prise en charge, du traitement et du suivi de cette personne ?
Le traitement dépend de la cause et du stade. Il vise d’abord à ralentir la progression : contrôle strict de la tension artérielle et du diabète, adaptation du régime alimentaire, arrêt des médicaments toxiques pour les reins. Dans le cas du lupus, un traitement immunosuppresseur ou des corticoïdes sont souvent nécessaires. Aux stades avancés, la dialyse ou la transplantation rénale deviennent indispensables. Un suivi néphrologique régulier, avec bilans sanguins périodiques, est essentiel tout au long de la maladie.
Quelles attitudes doivent adopter la personne concernée tout comme l’entourage de cette personne afin de faire face à cette situation ?
Le/la patient(e) doit suivre rigoureusement son traitement, respecter les recommandations diététiques (limiter le sel, parfois les protéines et le potassium), et ne jamais interrompre son suivi médical. L’entourage a un rôle important de soutien moral et pratique, notamment pour l’accompagnement aux consultations et pour veiller à l’observance du traitement, car c’est une maladie chronique qui pèse aussi psychologiquement.
Que faut-il faire afin d’éviter d’être confronté(e), d’une façon comme une autre, à une insuffisance rénale ?
La prévention passe par un bon contrôle du diabète et de la tension artérielle, une hydratation suffisante, une alimentation équilibrée peu salée, l’évitement de l’automédication répétée notamment avec les anti-inflammatoires, et des bilans de santé réguliers permettant un dépistage précoce, surtout chez les personnes à risque.
Interview réalisée par Cédric KOIVOGUI avec Emmanuelle YOMAN