Déni de grossesse : Docteur Nanko Tonda Josué, Médecin au service de médecine interne et de maladies métaboliques à Allô Docteur-Abidjan : « L’essentiel est d’apporter un soutien moral, de favoriser un dialogue ouvert et de permettre à la (jeune) fille / femme de vivre sa grossesse dans de meilleures conditions. »

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Médecin au service de médecine interne et de maladies métaboliques à Allô Docteur-Abidjan, une association de médecins basée à Abidjan, Douala et Yaoundé, Docteur Nanko Tonda Josué donne, dans cette interview, de plus amples précisions sur la gestion du déni de grossesse chez une (jeune) fille/femme. Il profite également de l’occasion pour inciter la famille, les proches voire l’entourage des personnes concernées à les soutenir afin qu’elles puissent mieux faire face à cet état.

Docteur, que pouvez-vous d’emblée nous dire au sujet du déni de grossesse ?

De manière simple, le déni de grossesse désigne une situation dans laquelle une femme est enceinte sans avoir conscience de son état. Il en existe principalement deux (2) formes : le déni partiel où la grossesse est découverte tardivement (souvent au deuxième ou au troisième trimestre) et le déni total où la grossesse est découverte au moment de l’accouchement. Dans les deux (2) cas, la (jeune) fille/femme peut continuer à mener une vie normale sans se douter de son état.

Quelle est la particularité commune à toutes ces différentes formes de déni de grossesse ?

Le point commun aux deux (2) formes de déni réside dans l’absence ou la discrétion des signes habituels de grossesse. La  (jeune) fille/femme peut ne pas présenter d’aménorrhée (absence de règles) ou interpréter des signes comme une prise de poids, des douleurs abdominales ou des mouvements du fœtus comme autre chose : troubles digestifs, ballonnements ou stress. Dans certains cas, il n’y a pratiquement aucun signe visible, ce qui rend la prise de conscience difficile.

Peu importe la forme, il serait possible que le bébé puisse prendre une position inhabituelle au niveau de l’utérus de sa mère, quelle précision pouvez-vous nous faire à ce niveau ?

Effectivement, chez certaines (jeunes) filles/femmes, le fœtus peut adopter une position longitudinale ou postérieure rendant la croissance utérine moins visible extérieurement. L’utérus peut aussi rester positionné vers l’arrière (utérus rétroversé), ce qui masque la courbe abdominale. De plus, chez les (jeunes) filles/femmes ayant une morphologie particulière ou en surpoids, les signes extérieurs d’une grossesse peuvent être peu visibles.

Quels sont les facteurs de risque qui peuvent donc favoriser toutes ces formes de déni ?

Plusieurs facteurs peuvent être associés au déni de grossesse. Parmi eux, l’adolescence, le stress intense, la peur du jugement familial ou social ou encore un passé de traumatisme sexuel ou obstétrical. Certaines femmes peuvent aussi être dans le refus inconscient de la grossesse en raison de troubles psychologiques, d’une immaturité affective, d’une grossesse non désirée ou d’un contexte familial, religieux ou culturel strict. Le manque d’éducation à la sexualité et la difficulté d’accès aux soins sont également des facteurs importants.

Quelles sont les complications auxquelles ces (jeunes) filles/femmes peuvent être confrontées si cette situation n’est pas repérée à temps ?

Si le déni persiste jusqu’à un stade avancé de la grossesse ou jusqu’à l’accouchement, les risques sont importants. Le bébé peut naître prématurément, avec un retard de croissance intra-utérin ou des complications néonatales liées à l’absence de suivi médical. La mère, quant à elle, peut subir un choc psychologique, surtout si la grossesse est découverte au moment de l’accouchement. Il y a aussi des risques médicaux : complications obstétricales, absence de prévention de maladies comme le paludisme ou l’anémie et l’utilisation de médicaments ou de substances nocives pour la grossesse.

A votre niveau, quelle démarche vous permet ainsi d’affirmer que ces (jeunes) filles/femmes sont effectivement confrontées à un déni de grossesse ?

Le diagnostic du déni de grossesse se fait souvent de manière fortuite. Les femmes concernées consultent généralement pour des troubles digestifs, des douleurs abdominales ou d’autres symptômes sans lien apparent avec une grossesse. C’est souvent à l’occasion d’un examen clinique, d’une échographie ou d’un test de grossesse que le diagnostic est posé. L’approche repose surtout sur une écoute attentive, un dépistage adapté et une sensibilisation des patientes et du personnel soignant à cette situation.

Comment ce genre de situation est-il géré et surtout suivi à votre niveau ?

Lorsqu’un déni est identifié, il est essentiel de mettre en place un accompagnement multiforme. Cela inclut un suivi obstétrical régulier, un accompagnement psychologique pour aider la femme à accepter la réalité de sa grossesse, et un entretien social pour comprendre le contexte de vie. Si nécessaire, nous impliquons la famille afin d’assurer un cadre de soutien émotionnel tout au long de la grossesse et après l’accouchement.

Quelle(s) attitude(s) faut-il adopter par la famille, les proches voire l’entourage de cette (jeune) fille/femme afin de faire face à cette situation ?

La famille et l’entourage doivent adopter une attitude bienveillante, sans jugement. L’essentiel est d’apporter un soutien moral, de favoriser un dialogue ouvert et de permettre à la (jeune) fille / femme de vivre sa grossesse dans de meilleures conditions. La prévention repose aussi sur l’éducation à la sexualité, l’accès à des informations fiables et la communication au sein du foyer. Une prise de conscience collective permet de réduire les risques de déni et de mieux accompagner les situations qui y sont liées.

Interview réalisée par Cédric KOIVOGUI avec Emmanuelle YOMAN

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