
Médecin au service de médecine interne et de maladies métaboliques à Allô Docteur-Abidjan, une association de médecins basée à Abidjan, Douala et Yaoundé, Docteur Nanko Tonda Josué délivre, dans cette interview, quelques éclaircissements en ce qui concerne la chimiothérapie. Il profite également de l’occasion pour lancer un appel à l’entourage des personnes concernées afin que cet entourage puisse apporter le soutien qu’il faut à ces personnes durant toutes les étapes relatives à ce traitement.
Docteur, que pouvez-vous déjà nous dire au sujet de la chimiothérapie ?
La chimiothérapie est un traitement médical qui consiste à administrer des médicaments anticancéreux dont le rôle est de détruire ou de bloquer la multiplication des cellules cancéreuses dans l’organisme. Ce traitement se fait généralement en plusieurs cures (séances) espacées afin de détruire à la fois les cellules tumorales localisées et celles qui auraient pu se disséminer ailleurs dans le corps.
De manière générale, quels sont les types de cancer à l’issue desquels ce traitement pourrait être sollicité juste après leur diagnostic réalisé par l’équipe médicale ?
De manière générale, on distingue deux (2) grandes catégories :
– Les cancers solides : par exemple le cancer du sein, de la prostate, des testicules, de l’ovaire, du poumon, du côlon, des os, etc.
– Les cancers hématologiques (ou liquides) : comme les leucémies, les lymphomes ou le myélome multiple.
La chimiothérapie peut être utilisée seule ou associée à d’autres traitements (chirurgie, radiothérapie, immunothérapie, hormonothérapie), selon le type et le stade du cancer. La chimiothérapie peut aussi être administrée de manière adjuvante (après un traitement principal, pour réduire le risque de récidive) ou néoadjuvante (avant un traitement local, pour réduire la taille de la tumeur). Tous les âges peuvent être concernés, en fonction du diagnostic et de l’état général du/de la patient(e).
Dans la pratique, en quoi consiste précisément ce traitement ?
La chimiothérapie consiste à administrer dans l’organisme, le plus souvent par voie intraveineuse ou parfois par voie orale, des substances capables de détruire les cellules cancéreuses. Toutefois, ces médicaments peuvent aussi toucher certaines cellules normales qui se divisent rapidement (comme celles de la moelle osseuse, des cheveux ou de la muqueuse digestive), ce qui explique les effets secondaires. La fréquence et le nombre de cures dépendent du type de cancer, du protocole choisi et de la réponse du/de la patient(e).
Qu’en est-il donc de la prise en charge et du suivi des personnes pouvant subir ce traitement sur une certaine période ?
La prise en charge dépend du type de cancer, le stade de la maladie et les effets secondaires observés. Le suivi repose sur :
– L’évaluation clinique régulière (état général, symptômes, tolérance au traitement) ;
– Des examens biologiques (prise de sang pour surveiller la formule sanguine, la fonction hépatique et rénale) ;
– Des examens d’imagerie pour contrôler l’évolution de la maladie ;
– La recherche de critères de réponse ou de rémission.
Ce suivi est indispensable pour adapter le traitement et limiter les complications
Quels sont les effets secondaires/indésirables auxquels ces personnes peuvent être confrontées de manière globale ?
Les principaux effets secondaires de la chimiothérapie sont : fatigue et baisse des globules blancs (favorisant les infections), perte de cheveux (alopécie), nausées, vomissements, diarrhée ou constipation, perte d’appétit, amaigrissement, anémie, baisse des plaquettes (favorisant saignements et hématomes), lésions buccales. Ces effets varient selon les médicaments utilisés et selon chaque patient(e).
Quelles sont les restrictions qui doivent être scrupuleusement observées par la personne concernée par ce traitement ?
Il est recommandé d’éviter l’alcool et le tabac (qui aggravent les effets secondaires et réduisent l’efficacité des traitements), l’automédication et les remèdes traditionnels non validés (risque d’interactions toxiques), certains aliments crus ou mal cuits en cas de baisse des globules blancs (pour limiter le risque d’infection). Toutes les consignes spécifiques dépendent du protocole et sont données par l’équipe médicale.
Quelle(s) attitude(s) faut-il adopter par la famille voire l’entourage de cette personne afin qu’elle puisse finalement sortir avec brio de cette situation ?
L’entourage doit apporter un soutien psychologique, moral et social permanent. La chimiothérapie est éprouvante et le/la patient(e) a besoin de se sentir accompagné(e). Un soutien financier peut aussi être crucial car le coût du traitement reste élevé dans de nombreux pays africains. La famille joue un rôle clé pour encourager le/la patient(e), l’aider dans ses soins quotidiens et l’accompagner à ses rendez-vous médicaux.
Interview réalisée par Cédric KOIVOGUI avec Emmanuelle YOMAN