
Dans cette interview, Docteur Nanko Tonda Josué donne encore plus de détails sur la fibrose hépatique. Il en profite pour exhorter les un(e)s et les autres à faire beaucoup plus attention à cette complication pouvant directement résulter de toutes les maladies liées au foie de manière globale.
Docteur, qu’est-ce qu’une fibrose hépatique ?
La fibrose hépatique est une réaction du foie lorsqu’il est agressé de manière répétée ou prolongée. Quand le foie est attaqué par un virus, l’alcool, certains médicaments ou une maladie métabolique, il essaie de se réparer. À force de se réparer, il fabrique du tissu cicatriciel appelé tissu fibreux. La fibrose correspond donc à l’accumulation progressive de ces cicatrices dans le foie. Au début, le foie continue de fonctionner normalement mais si l’agression persiste, la fibrose peut s’aggraver.
Qu’en est-il du lien entre cette complication avec la stéatose hépatique ?
La stéatose hépatique, encore appelée maladie du “foie gras”, est une accumulation excessive de graisses dans le foie. Lorsqu’elle s’accompagne d’une inflammation prolongée (stéatohépatite), cette maladie peut provoquer des lésions répétées du foie. Ces lésions favorisent la formation de tissu fibreux. Toutes les stéatoses n’évoluent pas vers la fibrose mais une stéatose associée à une inflammation chronique peut conduire à une fibrose, puis à une cirrhose si rien n’est fait.
Comment se manifeste cette complication à l’intérieur de l’organisme de la personne pouvant y être potentiellement concernée ?
La fibrose hépatique est souvent silencieuse au début. Pendant plusieurs années, la personne peut ne présenter aucun symptôme. Les signes apparaissent surtout aux stades avancés. On peut observer une fatigue inhabituelle, une jaunisse (coloration jaune des yeux et de la peau), un gonflement du ventre lié à une accumulation de liquide (ascite), des jambes gonflées, des saignements digestifs ou des troubles de la conscience. Ces manifestations sont généralement liées aux complications de la cirrhose.
Pour la personne pouvant être potentiellement concernée par cette complication, quel(le)s sont les causes et/ou éventuels facteurs de risque lié(e)s à tous ces symptômes ?
Les principales causes de fibrose hépatique sont les hépatites virales chroniques (B et C), la consommation excessive et prolongée d’alcool, la stéatose hépatique liée au surpoids ou au diabète, certaines maladies auto-immunes du foie et certains médicaments pris de façon abusive. La fibrose évolue en plusieurs stades. Le stade le plus avancé est la cirrhose. À ce stade, le foie devient dur et fonctionne mal, ce qui peut entraîner une insuffisance hépatique et des complications graves.
Pour ne pas en arriver-là, quelle démarche vous permet de confirmer qu’une quelconque personne souffre d’une fibrose hépatique ?
Le diagnostic de la fibrose repose sur plusieurs examens. Le Fibroscan (élastographie hépatique) est un examen non invasif qui permet de mesurer la rigidité du foie, ce qui donne une estimation du degré de fibrose. Des analyses de sang peuvent également orienter le diagnostic. Dans certains cas particuliers, une biopsie du foie peut être nécessaire. Le Fibroscan n’est pas un scanner mais un examen utilisant des ondes pour mesurer la dureté du foie.
Qu’en est-il de la prise en charge, du traitement et du suivi à ce niveau ?
Il n’existe pas de médicament spécifique qui fasse disparaître directement la fibrose. La prise en charge consiste surtout à traiter la cause : arrêter l’alcool, traiter les hépatites virales, corriger le surpoids, contrôler le diabète et éviter les médicaments toxiques pour le foie. Si la fibrose est détectée tôt, cette complication peut régresser partiellement lorsque la cause est éliminée. En cas de cirrhose avancée avec complications graves, la transplantation hépatique peut être envisagée.
Quelles attitudes doivent adopter la personne concernée tout comme l’entourage de cette personne afin de faire face à cette situation ?
La personne concernée doit suivre régulièrement son médecin, respecter les traitements prescrits, éviter totalement l’alcool et adopter une alimentation équilibrée. L’entourage joue un rôle important en soutenant moralement le/la patient(e) et en l’aidant à adopter de bonnes habitudes de vie. Les personnes à risque doivent se faire dépister régulièrement et éviter l’automédication surtout avec des médicaments pouvant être toxiques pour le foie.
Interview réalisée par Cédric KOIVOGUI avec Emmanuelle YOMAN