Sciatique : Docteure Annie Kofane, Médecin en cours de spécialisation en médecine physique et réadaptation : «À la personne elle-même, je dirais qu’il ne faut ni paniquer, ni rester totalement immobile. Il faut consulter rapidement dès que la douleur devient gênante, ou s’accompagne de faiblesse, de fourmillements persistants ou de troubles urinaires…»

Crédit Photo : Docteure Annie KOFANE

Dans cette interview, Docteure Annie Kofane délivre encore plus détails sur les douleurs pouvant toucher le nerf sciatique. Également en cours de spécialisation en médecine physique et réadaptation, elle profite de l’occasion pour insister davantage sur les attitudes à adopter afin de prévenir voire face à cette affection.  

Docteure, avant toute chose, que pouvez-vous d’emblée nous dire au sujet de votre spécialité ?

C’est une discipline encore peu connue en Afrique. D’ailleurs, quand j’explique ce que je fais, on me demande souvent si je suis kinésithérapeute. Ce n’est pourtant pas la même chose. Le médecin de médecine physique et de réadaptation est un médecin à part entière. Sa différence essentielle : il ne se focalise pas sur l’organe malade en lui-même, mais sur la fonction, c’est-à-dire sur ce que la personne peut ou ne peut plus faire au quotidien. C’est pour cela qu’il est considéré comme le spécialiste du handicap, qu’il soit inné ou acquis, à la suite d’un accident, d’un Accident Vasculaire Cérébral (AVC), d’une chirurgie, ou de douleurs chroniques comme celles dont nous allons parler aujourd’hui. C’est donc avec ce double regard, médical et fonctionnel, que je vais aborder la question de la sciatique.

Docteure, que faut-il déjà entendre par « douleur(s) sciatique(s) » ?

La sciatique, c’est la douleur qui suit le trajet du nerf sciatique. C’est le plus long et le plus gros nerf du corps humain. Il part du bas du dos, traverse la fesse, descend derrière la cuisse, puis se divise au niveau du genou pour continuer jusqu’au pied. Ce nerf peut être irrité ou comprimé, généralement à sa racine, au niveau de la colonne lombaire. La personne ressent alors une douleur qui peut suivre tout ce trajet, ou seulement une partie.

Comment se manifestent donc ces douleurs au niveau de la personne y étant potentiellement concernée ?

C’est en général une douleur qui part du bas du dos ou de la fesse et qui descend le long d’une jambe, parfois jusqu’au pied. Elle peut être en coup de poignard, en brûlure, ou au contraire sourde et continue. Certaines personnes décrivent des fourmillements, des picotements, voire un engourdissement. Dans les formes plus sévères, il peut y avoir une vraie faiblesse musculaire. La personne a alors du mal à se tenir sur la pointe des pieds ou à relever le pied. La douleur est souvent aggravée par la position assise prolongée, la toux, les éternuements, ou certains mouvements du dos.

Pour cette personne, quel(le)s sont les causes et/ou les éventuels facteurs de risque d’être potentiellement confrontée à ces douleurs ?

La cause la plus fréquente, toutes tranches d’âge confondues, c’est la hernie discale. C’est un disque intervertébral qui s’use ou se déplace et vient comprimer la racine du nerf. Chez les personnes plus âgées, l’arthrose lombaire et le rétrécissement du canal rachidien, qu’on appelle canal lombaire étroit, prennent une place de plus en plus importante. Ils deviennent même souvent la cause principale à partir d’un certain âge. On retrouve aussi, plus rarement, un simple spasme musculaire qui irrite le nerf, notamment au niveau du muscle piriforme. Comme facteurs de risque, je citerais l’âge, le surpoids, le port répété de charges lourdes, une mauvaise posture prolongée, et le manque d’activité physique. Les métiers très sédentaires ou au contraire très physiques sont aussi concernés. La grossesse également, à cause du poids supplémentaire et des changements de posture qu’elle entraîne.

Quelles sont les complications qui peuvent en résulter si rien n’est fait à temps afin de circonscrire rapidement ces douleurs ?

Si la compression du nerf persiste ou s’aggrave, la douleur peut devenir chronique et beaucoup plus difficile à traiter. On peut aussi voir apparaître une véritable faiblesse musculaire, avec un risque de chute. Dans certains cas, la sensibilité de la jambe ou du pied diminue durablement. La complication la plus redoutée reste ce qu’on appelle le syndrome de la queue de cheval. Il ne s’agit pas forcément de l’évolution progressive d’une sciatique négligée. Il résulte le plus souvent d’une volumineuse hernie discale centrale, qui comprime d’un coup plusieurs racines nerveuses à la fois. Cela peut entraîner des troubles du contrôle de la vessie ou des intestins, une perte de sensibilité au niveau des fesses et de l’entrejambe, ou une faiblesse touchant les deux jambes. C’est une urgence chirurgicale absolue. Elle reste heureusement rare, mais c’est justement pour cette raison qu’il ne faut jamais négliger une sciatique qui s’aggrave brutalement ou qui s’accompagne de ces signes inhabituels.

Pour ne pas en arriver là, quelle est donc la démarche vous permettant de confirmer qu’une personne souffre effectivement de douleurs sciatique ?

Tout commence par l’interrogatoire et l’examen clinique. À eux seuls, ils apportent déjà beaucoup d’informations : le trajet exact de la douleur, les circonstances qui la déclenchent, les réflexes, la force musculaire, la sensibilité. C’est souvent suffisant pour poser le diagnostic. Parfois, la douleur persiste au-delà de quelques semaines malgré un traitement bien conduit, ou il y a des signes qui inquiètent. On peut alors demander une imagerie, en général une IRM de la colonne lombaire, qui permet de voir précisément la cause de la compression. Dans de rares cas où le diagnostic reste incertain, un électromyogramme peut être demandé en complément. Ce n’est toutefois pas un examen de routine pour une sciatique typique.

Qu’en est-il de la prise en charge, du traitement et du suivi de cette personne ?

Dans la grande majorité des cas, la sciatique évolue favorablement avec un traitement dit conservateur, c’est-à-dire non chirurgical. On associe des antalgiques adaptés à l’intensité de la douleur, parfois des anti-inflammatoires, et un repos relatif. Il ne faut surtout pas d’alitement prolongé : cela a plutôt tendance à aggraver les choses. La rééducation tient une place centrale, avec un travail progressif sur la posture, l’assouplissement et le renforcement musculaire. Dans certaines situations, une infiltration ciblée au niveau de la racine nerveuse peut soulager efficacement la douleur. La chirurgie, elle, reste réservée aux formes qui résistent au traitement bien conduit, ou aux situations d’urgence comme celle que j’évoquais tout à l’heure. Le suivi se fait ensuite dans la durée, pour ajuster le traitement et éviter les récidives.

Docteure, vous êtes également en cours de spécialisation en médecine physique et réadaptation, quel est alors votre niveau d’implication en ce qui concerne précisément la prise en charge, le traitement et le suivi de cette personne ?

Mon rôle, dans ce cas précis de la lombalgie et de la sciatique, s’inscrit dans cette logique fonctionnelle dont je parlais. Je ne me contente pas de traiter la douleur en elle-même. Je m’intéresse surtout à son retentissement sur la vie de la personne, c’est-à-dire à ce qu’elle n’arrive plus à faire à cause de cette douleur.

Mon implication commence dès l’évaluation initiale. J’analyse non seulement la douleur, mais aussi son retentissement sur les gestes du quotidien, au travail comme à la maison. Je conçois ensuite et supervise le programme de rééducation, en collaboration étroite avec les kinésithérapeutes. Je fixe les objectifs, j’adapte les exercices selon l’évolution, et je réévalue régulièrement les progrès. J’interviens également dans la gestion médicale de la douleur, en ajustant les traitements dans la durée. Parfois, je réalise aussi des gestes plus spécifiques comme les infiltrations. Enfin, j’accompagne la personne dans la reprise progressive de ses activités, y compris professionnelles, en tenant compte de ses contraintes réelles. Mon rôle ne se limite donc pas à soulager la douleur au moment où elle survient. Il consiste à accompagner la personne tout au long de sa récupération, jusqu’au meilleur niveau de fonction possible. Je précise ce point parce qu’il ne s’agit pas toujours de retrouver une fonction strictement identique à celle d’avant. Dans certaines situations, on n’y parvient pas totalement. On aide alors la personne à atteindre une fonction adaptée, parfois même meilleure que celle qu’elle avait avant. C’est le cas notamment lorsque la rééducation permet de corriger des habitudes ou des postures délétères qui avaient contribué au problème initial.

De manière pratique, comment arrivez-vous à soulager la personne potentiellement concernée par ces douleurs sciatique ?

Je commence toujours par rassurer, parce que l’inquiétude amplifie souvent la douleur. Ensuite, on agit sur plusieurs plans en même temps : le traitement médicamenteux pour calmer la phase aiguë, des conseils de posture très concrets adaptés à la vie de la personne, et surtout un programme de mouvement progressif. Contrairement à ce qu’on pense souvent, l’immobilité totale n’aide pas. C’est même plutôt l’inverse. Pour le chaud et le froid, ce n’est pas systématiquement l’un ou l’autre. En phase aiguë, quand la douleur vient de démarrer ou de s’intensifier, le froid est souvent plus indiqué, car il calme l’inflammation. Une fois cette phase passée, la chaleur devient utile pour détendre les muscles contracturés et améliorer la souplesse. Certaines techniques de kinésithérapie et des étirements ciblés apportent également un vrai soulagement. L’idée est toujours d’accompagner la personne pas à pas, sans jamais la brusquer, jusqu’à la récupération complète de sa mobilité.

Quelles recommandations pouvez-vous faire à la personne concernée tout comme à l’entourage de cette personne afin de faire face à cette situation ?

À la personne elle-même, je dirais qu’il ne faut ni paniquer, ni rester totalement immobile. Il faut consulter rapidement dès que la douleur devient gênante, ou s’accompagne de faiblesse, de fourmillements persistants ou de troubles urinaires. Ces derniers signes imposent d’ailleurs une consultation en urgence. J’insisterais aussi beaucoup sur les mesures de protection rachidienne au quotidien : plier les genoux et non le dos pour soulever un objet, éviter de porter une charge lourde à bout de bras ou en torsion du tronc, répartir le poids entre les deux mains plutôt que de porter d’un seul côté. Il faut aussi adapter la hauteur du plan de travail ou de l’écran pour ne pas se pencher en avant, et éviter de rester assis trop longtemps sans changer de position. De façon générale, il est important d’éviter le port de charges lourdes, de soigner sa posture au quotidien, et de rester actif dans la mesure du possible : la marche est souvent bénéfique. Pour l’entourage, je crois qu’il faut surtout de la patience et de l’écoute. Il faut éviter de minimiser la douleur, mais aussi ne pas surprotéger la personne au point de l’empêcher de bouger, ce qui retarderait sa récupération. Un bon équilibre entre soutien et encouragement à rester actif fait souvent toute la différence.

Interview réalisée par Emmanuelle YOMAN avec Cédric KOIVOGUI

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