Calculs rénaux : Docteure Mélaine Houndjé, Médecin généraliste et DES 4 en santé/sécurité au travail : « La prévention repose avant tout sur une bonne hydratation. Il faut boire régulièrement au cours de la journée afin de produire des urines suffisamment abondantes et peu concentrées…»

Crédit Photo : Docteure Mélaine HOUNDJE

Dans cette interview, Docteure Mélaine Houndjé explique, de manière assez simple, l’apparition des calculs rénaux au niveau d’une personne pouvant y être potentiellement concernée. Elle profite également de l’occasion pour rappeler les attitudes à adopter afin de prévenir voire faire face à cette maladie.

Docteure, que pouvez-vous d’emblée nous dire au sujet des calculs rénaux ?

Les calculs rénaux, qu’on appelle aussi lithiase urinaire, sont de petits dépôts solides qui se forment dans les reins à partir de certaines substances présentes dans les urines. On peut les comparer à de petits « cailloux » ou cristaux qui se forment progressivement. Ils peuvent être minuscules, parfois comme des grains de sable, ou devenir beaucoup plus gros. Certains restent dans le rein sans provoquer de symptômes, tandis que d’autres se déplacent dans les voies urinaires et peuvent provoquer une douleur très intense appelée colique néphrétique. C’est une affection assez fréquente et, surtout, elle peut récidiver. C’est pourquoi il est important non seulement de traiter le calcul, mais aussi d’en rechercher la cause et de prévenir sa réapparition.

Qu’est ce qui provoque l’apparition de ces calculs rénaux au niveau de la personne potentiellement concernée par cette maladie ?

Il n’existe pas une seule cause. Les calculs apparaissent lorsque certaines substances présentes dans les urines deviennent trop concentrées et finissent par former des cristaux. Un des facteurs les plus importants est le manque d’hydratation. Lorsqu’une personne ne boit pas suffisamment d’eau, surtout dans un climat chaud où l’on transpire beaucoup, les urines deviennent plus concentrées, ce qui favorise la formation des calculs. L’alimentation peut également jouer un rôle, notamment une consommation excessive de sel, de protéines animales ou de certains aliments selon le type de calcul. Il existe aussi des facteurs familiaux, certaines maladies métaboliques (le diabète, la goutte …), des infections urinaires répétées, certaines maladies digestives ou encore une prise prolongée de certains médicaments. Il faut donc retenir qu’un calcul rénal peut avoir plusieurs facteurs favorisants, et qu’il est parfois nécessaire de faire un bilan pour comprendre pourquoi une personne en développe.

Quels sont les signes généralement associés à l’apparition des calculs rénaux au niveau de cette personne ?

Le signe le plus connu est la colique néphrétique. Il s’agit généralement d’une douleur très forte, souvent brutale, située dans le dos ou sur le côté, au niveau de la région lombaire. Elle peut descendre vers le bas du ventre, l’aine ou les organes génitaux. La personne peut être très agitée parce qu’elle ne trouve aucune position qui la soulage réellement. La douleur peut également s’accompagner de nausées ou de vomissements. On peut aussi observer du sang dans les urines, des envies fréquentes d’uriner, des brûlures urinaires ou une difficulté à uriner. Cependant, tous les calculs ne donnent pas forcément de symptômes. Certains sont découverts par hasard lors d’une échographie ou d’un autre examen. En revanche, une douleur accompagnée de fièvre ou de frissons doit faire consulter rapidement, car cela peut traduire une infection associée à une obstruction des voies urinaires.

Quelles sont les complications qui peuvent en résulter si rien n’est fait à temps afin de circonscrire tous ces signes ?

Un calcul peut parfois s’éliminer spontanément. Mais lorsqu’il bloque l’écoulement des urines, il peut entraîner une hydronéphrose : un gonflement et une dilatation d’un (1) ou des deux (2) reins par accumulation des urines. Une des complications les plus préoccupantes est l’association d’un calcul obstructif et d’une infection urinaire. Dans ce cas, l’infection peut devenir grave et se généraliser dans l’organisme : on parlera d’une septicémie qui peut engager le pronostic vital. Une obstruction prolongée de la voie urinaire peut, en amont, endommager le rein, voire le détruire complètement.  En cas d’atteinte des deux (2) reins, une insuffisance rénale peut apparaître ; ce qui rendra la prise en charge beaucoup plus complexe. C’est pourquoi il ne faut pas banaliser une douleur intense du rein, particulièrement lorsqu’elle s’accompagne de fièvre, de frissons, de vomissements importants, d’une diminution importante des urines ou d’une altération de l’état général.

Pour ne pas en arriver là, quelle est la démarche vous permettant de conformer qu’une personne souffre effectivement de calculs rénaux ?

Tout commence par l’interrogatoire et l’examen du/de la patient(e). Le médecin cherche à connaître la localisation et les caractéristiques de la douleur, les symptômes associés, les antécédents de calculs et les éventuels facteurs de risque. Ensuite, des examens peuvent être nécessaires. L’échographie des reins et des voies urinaires permet déjà de rechercher certains calculs et surtout de voir s’il existe une dilatation des voies urinaires. Dans certaines situations, l’uroscanner est l’examen le plus performant pour localiser précisément le calcul, connaître sa taille et évaluer l’obstruction. Des analyses de sang et d’urines peuvent également être demandées pour vérifier le fonctionnement des reins, rechercher une infection et, selon les cas, comprendre pourquoi les calculs se forment.

Qu’en est-il de la prise en charge, du traitement et du suivi de cette personne ?

Le traitement dépend principalement de la taille du calcul, de sa localisation, de la douleur, de l’existence ou non d’une infection et de l’état du rein. Pour les petits calculs susceptibles de s’éliminer spontanément, le traitement consiste notamment à contrôler la douleur et à surveiller leur élimination. Dans certains cas sélectionnés, un médicament peut être prescrit pour faciliter le passage du calcul. Lorsque le calcul est trop volumineux, ne s’élimine pas, provoque une obstruction importante ou entraîne des complications, une prise en charge par un(e) urologue peut être nécessaire. Plusieurs techniques existent aujourd’hui pour fragmenter ou retirer les calculs, souvent sans avoir recours à une chirurgie lourde. Après l’épisode, le suivi reste important, surtout lorsqu’il s’agit de calculs récidivants. On peut analyser le calcul lorsqu’il a été récupéré et réaliser certains examens sanguins ou urinaires afin d’adapter la prévention.

Quelles attitudes doivent adopter la personne concernée tout comme l’entourage de cette personne afin de faire face à cette situation ?

La première chose est d’éviter l’automédication excessive et de consulter lorsque les symptômes sont importants ou inhabituels. L’entourage peut aider la personne à suivre les prescriptions, à respecter les rendez-vous médicaux et à adopter progressivement les mesures de prévention recommandées. Il faut également savoir reconnaître les situations qui nécessitent une consultation rapide : fièvre, frissons, douleur incontrôlable, vomissements persistants, difficulté ou impossibilité d’uriner, ou dégradation de l’état général. Et surtout, après disparition de la douleur, il ne faut pas forcément considérer que tout est réglé. Selon la situation, le médecin peut recommander un contrôle pour vérifier que le calcul a bien été éliminé et que le rein fonctionne normalement.

Que faut-il faire afin d’éviter d’être confronté(e), d’une façon comme une autre, à des calculs rénaux ?

La prévention repose avant tout sur une bonne hydratation. Il faut boire régulièrement au cours de la journée afin de produire des urines suffisamment abondantes et peu concentrées. Les besoins varient selon les personnes et les situations, mais en pratique, on cherche généralement à obtenir environ 2 à 2,5 litres d’urines par jour chez les personnes sujettes aux calculs, ce qui nécessite souvent de boire davantage, notamment lorsqu’il fait chaud ou lorsqu’on transpire beaucoup. Il est également conseillé de réduire l’excès de sel, d’avoir une alimentation équilibrée, de ne pas abuser des protéines animales et d’éviter les régimes ou compléments alimentaires pris sans indication médicale. Contrairement à une idée répandue, il ne faut pas supprimer systématiquement le calcium alimentaire : un apport alimentaire normal en calcium est généralement recommandé. Les conseils alimentaires plus spécifiques dépendent du type de calcul retrouvé. Enfin, une personne ayant déjà fait un calcul rénal doit être particulièrement attentive, car le risque de récidive existe.

Interview réalisée par Cédric KOIVOGUI avec Emmanuelle YOMAN

 

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