
Dans cette interview, Docteur Nanko Tonda Josué donne quelques précisions en ce qui concerne la prévention voire la gestion de la goutte. Il profite aussi de l’occasion pour inciter les un(e)s et les autres à adopter, dès maintenant, les bonnes attitudes afin de faire face à cette maladie.
Docteur, que pouvez-vous d’emblée nous dire au sujet de la maladie dénommée : « la goutte »
La goutte est une maladie métabolique chronique caractérisée par un taux anormalement élevé d’acide urique dans le sang (ce qu’on appelle l’hyperuricémie). Lorsque l’acide urique atteint des niveaux élevés dans le corps, cet acide se transforme sous forme de microscopiques cristaux qui viennent se déposer dans les articulations et les tissus avoisinants. Ces dépôts cristallins déclenchent des accès d’inflammation aiguë extrêmement douloureux.
Quels sont les symptômes potentiellement associés à cette maladie ?
Le symptôme le plus caractéristique est la crise de goutte aiguë, qui se manifeste de manière brutale et soudaine, souvent en pleine nuit : douleur intense (l’articulation touchée devient extrêmement sensible. Le simple contact d’un drap ou d’un vêtement peut être insupportable). Signes inflammatoires locaux (l’articulation devient rouge, chaude, gonflée et luisante). Localisation préférentielle (la crise touche le plus fréquemment le gros orteil, mais cette crise peut aussi concerner les chevilles, les genoux, les poignets ou les doigts.
Quel(le)s sont les causes et/ou les éventuels facteurs de risque d’être potentiellement confronté(e) à ces symptômes ?
La cause directe de la crise est le dépôt de cristaux liés à l’élévation du taux d’acide urique. Cette accumulation résulte soit d’une surproduction d’acide urique par l’organisme, soit, le plus souvent, d’une élimination insuffisante par les reins. Plusieurs facteurs de risque favorisent l’apparition de cette augmentation d’acide urique : le mode de vie et l’alimentation voire une consommation importante d’aliments riches en purines (viandes rouges, abats, charcuteries, certains fruits de mer), de boissons alcoolisées (particulièrement la bière, les alcools forts) et les boissons sucrées riches en fructose. Les facteurs médicaux : l’’obésité, le diabète de type 2, l’hypertension artérielle, le syndrome métabolique, l’insuffisance rénale chronique et certains médicaments.
Pour en revenir à la maladie en elle-même, quelles sont les complications qui peuvent en résulter si rien n’est fait à temps pour en circonscrire les symptômes ?
Si la goutte n’est pas prise en charge correctement et durablement, cette maladie évolue vers des formes plus graves et invalidantes : destruction et déformation articulaire. Formation de tophi volumineux : ces dépôts de cristaux sous-cutanés peuvent s’ulcérer, s’infecter ou gêner mécaniquement le fonctionnement des tendons et des articulations. Complications rénales : l’excès d’acide urique peut cristalliser dans les voies urinaires et provoquer des calculs rénaux (coliques néphrétiques à répétition). Cela peut altérer le fonctionnement du rein et mener à une insuffisance rénale chronique.
Pour ne pas en arriver là, quelle est donc la démarche vous permettant de confirmer qu’une personne souffre effectivement de la goutte ?
Le diagnostic repose sur une démarche rigoureuse combinant l’examen clinique et des examens complémentaires : l’évaluation clinique : le médecin recherche l’histoire typique de la crise (début brutal, douleur maximale en quelques heures, atteinte du gros orteil, résolution spontanée en une (1) à deux (2) semaines lors des premières crises). Le dosage sanguin (Uricémie) : ce dosage permet de mesurer le taux d’acide urique dans le sang. Il convient de noter qu’au moment exact de la crise, l’uricémie peut parfois paraître normale ; un contrôle à distance de la crise est donc souvent nécessaire. L’analyse du liquide synovial (l’examen de référence) : dans l’idéal, une ponction du liquide dans l’articulation gonflée permet de visualiser directement au microscope les microcristaux d’urate en forme d’aiguilles. L’imagerie : une échographie articulaire ou une radiographie peut aider à déceler des signes spécifiques de la maladie ou la présence de tophi.
Qu’en est –il de la prise en charge, du traitement et du suivi de cette personne ?
La prise en charge de la goutte comporte deux (2) parties distinctes et complémentaires. Le traitement de la crise aiguë : son objectif est d’éteindre rapidement l’inflammation et de soulager la douleur. Il fait appel à des traitements anti-inflammatoires spécifiques prescrits pour une courte durée dès les premiers symptômes. Le traitement de fond : C’est le traitement essentiel de la maladie. Il vise à faire baisser durablement le taux d’acide urique dans le sang, dissoudre progressivement les cristaux existants et empêcher la formation de nouveaux dépôts.
Quelles attitudes doivent adopter la personne concernée tout comme l’entourage de cette personne afin de faire face à cette situation ?
Du côté de la personne atteinte : la régularité du traitement (suivre scrupuleusement le traitement de fond prescrit, même en l’absence totale de douleur. Consulter ou appliquer les consignes médicales dès les tout premiers signes d’une crise. Bonne hydratation : boire suffisamment d’eau tout au long de la journée. Éviter l’automédication : certains médicaments en vente libre peuvent aggraver la crise ou nuire à la fonction rénale. Du côté de l’entourage, bienveillance et soutien : reconnaître que la crise de goutte cause une douleur physique extrême, ce qui nécessite du repos et de la compréhension. Encouragement au changement : accompagner le/la patient(e) dans l’adoption d’une alimentation saine et partagée en famille, facilitant ainsi les réajustements du mode de vie sans sentiment d’isolement.
Que faut-il faire afin d’éviter d’être confronté(e) d’une façon comme une autre à la goutte ?
La prévention, qu’elle soit primaire (pour éviter l’apparition de la maladie) ou secondaire (pour éviter les récidives), repose sur des principes d’hygiène de vie simples et efficaces. Adapter son alimentation : préférer une alimentation équilibrée de type méditerranéen (légumes, fruits, céréales complètes, produits laitiers allégés). Limiter la consommation de viandes rouges, de charcuteries et d’abats. Réduire les boissons à risque : modérer ou éviter les boissons alcoolisées (notamment la bière, avec ou sans alcool) et limiter les sodas ou jus industriels. Assurer une hydratation abondante : boire au moins 1,5 à 2 litres d’eau par jour pour favoriser l’élimination rénale de l’acide urique. Préserver un poids de forme : maintenir un poids de santé par une activité physique régulière et modérée. En cas de surpoids, privilégier une perte de poids progressive, car les régimes drastiques ou le jeûne peuvent paradoxalement déclencher des crises. Bilan de santé régulier : effectuer un suivi médical périodique, particulièrement si l’on présente des facteurs de risque cardiovasculaires ou métaboliques.
Interview réalisée par Cédric KOIVOGUI avec Emmanuelle YOMAN