Diabète en Côte d’Ivoire : Près de 30 centres de dépistage enregistrés en 2016

Dans le cas d’un diabète non compliqué, la prise en charge peut être
effectuée par un généraliste (Photo : Dr)

Après avoir fait ressortir la différence entre les types de diabète lors d’une interview réalisée par l’Agence Ivoirienne de Presse (Aip) en Avril 2016, Abodo Jacko Rhedoor, Professeur agrégé du service d’endocrinologie-diabétologie du Centre hospitalier universitaire (Chu) de Yopougon, a également profité de cette occasion pour présenter les actions déjà menées par l’Etat de Côte d’Ivoire face à l’évolution fulgurante de cette pathologie.

S’exprimant au sujet de cette maladie, le Professeur Abodo a indiqué qu’il y en a deux principales formes. Le diabète de type 2 qui est le plus fréquent est ce qu’on appelle le diabète de la maturité. Ce type de diabète apparait après un certain âge, généralement chez l’adulte autour de 40 ans et plus.

Celui-ci augmente avec l’avancée en âge. Puis, il y a le diabète de type 1 qui est retrouvé le plus souvent chez l’enfant, généralement avant l’âge de trente ans. Ce type de diabète est lié essentiellement à une destruction du pancréas par des anticorps produits par l’organisme lui-même. Ce qui va faire que le pancréas produisant l’insuline va entrer en déficience. L’insuline doit donc être apportée obligatoirement par des injections. A l’inverse, le diabète de type 2 qui est dit diabète de la maturité, est le plus souvent lié à la sédentarisation, et aux mauvaises hygiènes alimentaires, à savoir la consommation excessive de graisse et de produits sucrés, conduisant au surpoids et à l’obésité qui vont faire le lit de l’apparition du diabète de type 2. Aussi, au niveau des actions, qu’en est-il réellement pour l’année 2016 ?

Les actions déjà menées

Toujours selon le Professeur Abodo, en ce qui concerne la Côte d’Ivoire, il y a aujourd’hui un processus de décentralisation qui est en cours parce que les centres spécialisés qui se trouvent à Abidjan, qui jadis prenaient en charge la plupart des diabétiques, occasionnaient beaucoup de perte de temps et beaucoup de décès. Depuis que la décentralisation est effective, avec une trentaine de centres en dehors des centres de référence, nous assistons in fine, à une diminution des cas graves et à une amélioration de la prise en charge des patients diabétiques.

Dans le cas d’un diabète compliqué, la prise en charge est du ressort des spécialistes (Photo : Dr)

La prise en charge

Au plan médical, la prise en charge est purement faite en deux phases c’est-à- dire quand vous avez un patient que vous dépistez ou découvrez diabétique, il faut déjà savoir si son diabète est compliqué ou pas. Si le diabète est compliqué, en ce moment, la prise en charge relève du spécialiste.

Si le diabète n’est pas compliqué, alors la prise en charge peut être réalisée par le médecin généraliste qui est formé déjà depuis plusieurs années et habilité à prendre en charge ces cas de diabète. Au niveau des actions de prévention, des activités de sensibilisation et de dépistage se font de façon régulière en Côte d’Ivoire. Il y a également des émissions qui passent régulièrement à la télévision pour appuyer l’action du ministère de la santé.

Ces émissions sont diffusées pour que les populations soient de plus en plus sensibilisées à reconnaitre les signes de la maladie, à se faire dépister le cas échéant et à se faire prendre en charge lorsque la maladie est découverte que ce soit Abidjan comme à l’intérieur du pays. Aujourd’hui, les ivoiriens ont des centres où ils peuvent s’adresser pour leur prise en charge.

La prise en charge se fait grâce aux assurances, notamment la Mutuelle générale des fonctionnaires et agents de l’Etat (Mugefci), les assurances privées, que ce soit les médicaments du diabète ou des maladies chroniques. Cependant, tout cela a un coût et il faut y faire face et c’est un peu le problème qui se pose. Le coût des intrants, notamment le nécessaire pour suivre le diabète, pour contrôler la glycémie, les bilans qu’il faut faire, au minimum une fois par an au maximum une fois par trimestre ou par semestre, tout cela à un coût. « Je pense que le ministère s’y met pour pouvoir trouver une solution pour les patients afin de réduire les coûts. Le diabète est une maladie chronique, il faut vivre avec le diabète. Pour bien vivre avec le diabète, il faut avoir le petit matériel notamment les tests de glycémie pour le contrôler et savoir que nous sommes sur la bonne voie de ne pas avoir un taux de glycémie trop élevé ou trop bas »,explique t-il.

Impact majeur

Sur la journée mondiale de la santé en 2016, pour le Professeur Abodo, l’impact a été forcément positif, surtout au moment où beaucoup de programmes et de projets s’intègrent dans la prise en charge du diabète en Côte d’Ivoire et que le monde entier parle de plus en plus de cette épidémie. Cette journée a donc été bien vue parce que celle-ci a permis de renforcer la sensibilisation des populations sur ce fléau. Et ce, pour que les gens s’y intéressent et connaissent les signes pour savoir qu’on a la maladie et les méthodes à utiliser pour la prévention par une amélioration de son hygiène de vie, de ses habitudes alimentaires, par une activité physique régulière pour tout le monde et bien entendu pour les patients. Comment se faire suivre régulièrement pour éviter les complications, notamment les amputations, les AVC, les atteintes oculaires, la cécité, les comas, etc.

Les perspectives

Pour le Professeur Abodo, le mot de fin pour cette interview est surtout un mot d’espoir comme le dit si bien son maître le professeur Lokrou, l’un des pionniers de la lutte contre le diabète en Afrique, l’espoir est permis aujourd’hui en matière de prise en charge du diabète, en matière de prise en charge des maladies chroniques.

La Côte d’Ivoire a atteint un stade où beaucoup de centres de prise en charge sont implantés à Abidjan et à l’intérieur du pays. Environ 30 centres sont implantés, environ 260 agents de la santé, médecins, infirmiers, éducateurs, aide soignants, diététiciens, pédiatres, sociologues, assistants sociaux et mêmes des journalistes sont formés. Plus de 300 campagnes de sensibilisation et de dépistage ont été réalisées et se poursuivent.

La Côte d’Ivoire est à un stade important de la prise en charge de cette maladie. L’espoir est donc permis pour nos patients diabétiques. Lorsque cette prise en charge du diabète non compliqué aura atteint sa vitesse de croisière, l’on pourra s’attendre à ce que les complications de la maladie puissent baisser pour le bien-être des patients mais également par le biais de la sensibilisation pour moins de nouveaux cas de diabète. C’est ce qui nous amène à espérer pour le lendemain.

Marina ADJE avec Jean-Paul DEMOUSS

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